La lettre de la pédagogie n°12 : la persévérance scolaire

REMARQUE : la mise en ligne de cette lettre de la pédagogie sera progressive

1. Éditorial

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Drôle de contexte que celui que nous vivons depuis un peu plus d’une année ! Contexte qui a vu nos élèves quitter momentanément les bancs de l’école au profit d’un enseignement à distance avant de revenir dans nos établissements et retrouver leurs enseignants et l’ensemble des équipes éducatives. Tout au long de cette période si singulière, chacun a pu observer l’importance du lien, de la relation nouée entre l’élève et l’enseignant, le CPE, le psychologue de l’éducation nationale, le référent ou bien encore le tuteur. Ce lien, si précieux, celui qui fait la richesse et la fierté de nos métiers, a joué un rôle central dans la prévention du décrochage de nos élèves. Pourtant dernière le mot de « lien », qui peut paraître anodin, se cachent des approches, des méthodes, des techniques pédagogiques ou éducatives qui reflètent le souci porté à la qualité de la relation entre l’accompagnant et l’élève.

En portant la focale sur l’établissement et la classe, le parti pris consiste à dire que l’éducation nationale est attendue aujourd’hui sur la prévention du décrochage scolaire et les actions en faveur de la persévérance là où nos partenaires extérieurs se concentrent désormais sur la prise en charge des « décrochés ». Depuis au moins 2013 et le rapport des inspections générales « agir contre le décrochage scolaire » le constat est là : prévenir en amont de la rupture du jeune avec la scolarité en investissant le champ pédagogique, en prenant en compte l’élève dans sa complexité, en améliorant le repérage des premiers facteurs de décrochage, en proposant des solutions personnalisées, en construisant des alliances avec la famille ou les partenaires…

Cet édito inaugure le séminaire académique de l’innovation sur le thème de la persévérance scolaire. Dans son sillage de nombreuses publications s’échelonneront jusqu’aux vacances scolaires afin de répondre à plusieurs questions : quelles définitions de la persévérance et du décrochage scolaire ? Quels sont les dispositifs et les acteurs de cette mission partagée ? Quelles sont les pratiques déployées sur le terrain ? Quelles approches innovantes d’une problématique en perpétuelle évolution ? Et par-dessus tout : vous lirez, verrez et entendrez celles et ceux qui font la persévérance au quotidien pour celles et ceux qui s’accrochent, qui parfois tombent mais souvent rebondissent et persévèrent.

Je leur adresse un grand merci ainsi qu’aux équipes de la CARDIE et de la MLDS impliquées dans la réalisation de cette publication.

 

Dimitri Sydor-Vienne, Chef du service académique d’information et d’orientation, Correspondant académique lutte contre le décrochage scolaire

 


 

2. La question du décrochage en France : des enjeux importants dans une typologie variée.

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Le décrochage scolaire est une préoccupation tant pour la société que pour les gouvernements et les chercheurs. Il y a en effet des enjeux importants :

  • Un enjeu individuel : le système scolaire est parfois vécu par de nombreux jeunes comme un mal être qui a des conséquences sur leur qualité de vie, et sur leur insertion sociale ou professionnelle.
  • Un enjeu social : par voie de conséquence, un jeune sorti du système scolaire d’une manière précipitée est souvent confronté au chômage ou à la précarité.
  • Un enjeu économique : on estime le coût du décrochage à 230 000 euros pour une personne tout au long de sa vie (Enquête BCG/MENJVA, 2012)[1].

Le décrochage scolaire nous apparaît de prime abord comme un phénomène connu et ancien. Les auteurs (qu’ils soient sociologues, pédagogues, philosophes…) abordent la notion de décrochage scolaire en lui attribuant d’emblée une « terminologie foisonnante » (comme le remarque Danièle Toubert-Duffort[2]) : démobilisation scolaire (Ballion[3]), désaffiliation (Castel[4]), non affiliation (Coulon[5]), décrochage passif (Rochex[6]), exclus de l’intérieur (Bourdieu et Champagne[7])…

On comprend ainsi que les gouvernements aient voulu s’emparer de ce problème depuis de nombreuses années, en initiant des mesures qui ont fait leurs preuves. Pour être efficaces, des conditions préalables sont néanmoins requises : la bienveillance en classe, la méthode d’enseignement, l’expérience professionnelle, un projet d’orientation réalisable… On comprend toute la fragilité des dispositifs mis en œuvre, et le besoin de coupler les actions de prévention et les actions de remédiation scolaires.

Pour l’éducation nationale, le décrochage est un processus qui conduit chaque année des jeunes à quitter le système de formation initiale sans avoir obtenu une qualification équivalente au baccalauréat ou à un diplôme à finalité professionnelle, de type certificat d’aptitude professionnelle (CAP). Il est inscrit dans le code de l’éducation aux articles L122-2 et L313-7.

Définir le décrochage scolaire peut s’avérer complexe dans la mesure où cette notion renvoie à des réalités individuelles et collectives parfois fort différentes mais également à des expériences personnelles dans le cadre desquelles l’élève va interagir avec son environnement scolaire, social, familial.

C’est donc la typologie des décrocheurs qui est très variée. Dans les recherches, si on s’inspire des travaux menés par Véronique Barthélémy[8], plusieurs profils se dégagent :

  • Les élèves présentés comme tranquilles, silencieux ou discrets ayant des difficultés d’apprentissage mais ne présentant pas de trouble du comportement. Leurs résultats scolaires sont faibles, et appartiennent à des catégories socioprofessionnelles défavorisées.
  • Les élèves dits désengagés, peu intéressés, peu motivés par l’école ou dépressifs. Ils peuvent avoir des résultats scolaires bons ou dans la moyenne, mais perçoivent négativement le climat d’une classe, ou déclarent souvent souffrir d’une faible cohésion familiale.
  • Les élèves présentant des comportements inadaptés ou antisociaux ayant des difficultés de comportement et d’apprentissage. Ils rencontrent souvent des problèmes familiaux, présentent des signes de délinquance.

Ainsi, derrière ces « symptômes » (manque d’assiduité, démobilisation, démission, …), il s’avère important de s’interroger sur les facteurs qui sont à l’origine de ce désintérêt de l’élève pour l’école. Ces facteurs peuvent être tant internes au système scolaire (organisation scolaire, climat scolaire, orientation, programmes, pédagogie, modalités d’évaluation, …) qu’externes (environnement familial et éducatif, santé physique ou mentale, conditions économiques et sociales, offre locale de formation sur le territoire, …). La situation singulière de l’élève, qui occupe une place centrale, doit bien évidemment être questionnée (son histoire, son entrée dans les apprentissages, son développement, ses capacités, ses projets, son rapport à l’espace et au temps, …). L’ensemble de ces éléments interagissant vont contribuer à un maintien dans le système scolaire ou, a contrario, à un phénomène de décrochage.

Cette situation de désaffiliation par rapport à l’école est ainsi la résultante d’un processus émaillé de ruptures et d’échecs tant scolaires que sociaux et familiaux. C’est donc bien ce processus à long terme, ce « continuum » aux multiples indicateurs, qui mènent à une désadhésion du système ou à un accrochage manqué qui conduiront, à plus ou moins long terme, à une désaffection. Le décrochage scolaire serait donc « l’étape ultime de ce processus » (Danièle Toubert-Duffort) … souvent vécu de façon douloureuse pour l’élève et sa famille.

Pour prévenir le décrochage, il s’avère ainsi nécessaire d’en préciser les contours, d’en repérer les signes, d’en comprendre les mécanismes et d’enclencher les leviers qui permettront la persévérance scolaire.

La lutte contre le décrochage scolaire est donc le miroir grossissant de ce phénomène aux multiples facteurs, incluant des typologies très variées. Mêlant nécessairement prévention et remobilisation, on observe une organisation complexe avec de multiples acteurs.

 

[1] Enquête BCG/MENJVA en 2012, citée dans le rapport de diagnostic du 28 mars 2014 (https://www.modernisation.gouv.fr/sites/default/files/epp/epp_lutte-contre-le-decrochage-scolaire_diagnostic.pdf)

[2] Danièle Toubert-Duffort, « Adolescence et décrochage : prévenir et répondre », La Nouvelle Revue de l’Adaptation et de la Scolarisation, 2011.

[3] Robert Ballion, « Le lycée, une cité à construire », Revue française de pédagogie, 1995.

[4] Robert Castel. « La dynamique des processus de marginalisation : de la vulnérabilité à la désaffiliation », Cahiers de recherche sociologique, n°22 : 11-27, 1994.

[5] Alain Coulon, « Le métier d’étudiant, l’entrée dans la vie universitaire », PUF, 1997.

[6] Jean Yves Rochex, Elisabeth Bautier, « L’expérience scolaire des nouveaux lycéens : démocratisation ou massification ? », Armand Colin, 1998.

[7] Pierre Bourdieu, Patrick Champagne, « Les exclus de l’intérieur », Actes de la recherche en sciences sociales, 1992.

[8] Véronique Barthélémy & Sébastien Bauby. (2019). Rapport du projet de recherche de l’ESPE sur les « Dispositifs d’accompagnement et de prévention du décrochage scolaire dans les établissements du second degré : vers une nouvelle dynamique pour des pratiques collaboratives des acteurs de la communauté scolaire ? », 2019.

3. Une organisation complexe avec de multiples acteurs – publication à venir

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4. Glossaire – publication à venir

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5. Des difficultés persistantes – publication à venir

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6. Des témoignages d’acteurs de terrain – publié partiellement

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Collège Pierre Adt de Forbach


Situé en zone REP+, le collège Pierre Adt de Forbach propose de nombreux projets et dispositifs pensés pour les élèves. L’équipe est également très impliquée dans la lutte contre le décrochage scolaire.

La parole est aux acteurs de cette lutte, sous la forme d’échanges simples, en vidéo.

 

 


Autres témoignages à venir …

7. Ressources documentaires – publication à venir

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