La lettre de la pédagogie n°11 – la réalisation du chef d’oeuvre

REMARQUE : la mise en ligne de cette lettre de la pédagogie sera progressive

 

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La réalisation du chef-d’œuvre a été introduite dans les classes préparant au CAP et au Baccalauréat professionnel dans le cadre de la Transformation de la Voie Professionnelle.

C’est à la fois le couronnement d’un cycle d’études, un parcours de formation et un projet pédagogique qui mobilisent l’ensemble des enseignements dispensés dans la voie professionnelle.

Fort de la référence à la tradition prestigieuse des compagnons, le chef-d’œuvre valorise la voie professionnelle et l’inscrit dans la voie de l’excellence.

Cette pédagogie de projet, résolument innovante, vise autant à former les futurs professionnels qu’à les aider à s’insérer dans le monde du travail.

En ce sens le chef-d’œuvre fait figure d’un passeport pour l’emploi.

Le chef-d’œuvre vise à développer le travail coopératif chez les élèves et la collaboration au sein des équipes pédagogiques autour d’un projet authentique. Ce projet inscrira les apprenants dans une démarche concrète, sur une durée longue, nécessitant planification, organisation et régulation tout en mobilisant les compétences liées à l’ensemble des disciplines.

Ainsi la réalisation du chef-d’œuvre « impose à la pensée de se traduire en actes, et aux actes de s’ordonner en une production intelligible : double contrainte, infiniment féconde, où la précision et la vérité dialoguent en permanence et se font ensemble formation de la personne[1]».

La Transformation de la Voie Professionnelle donne une large place à l’oral. L’évaluation du chef-d’œuvre servira d’appui à ce qui peut être désigné comme le « grand oral » des métiers.

Cette lettre de la pédagogie se propose d’éclairer et d’accompagner l’ensemble des acteurs dans la mise en œuvre de la démarche de projet en complément de la banque nationale qui sera mise en place par le ministère et le dispositif académique de formation M@gistere «  Espace académique d’échanges sur la transformation de la voie professionnelle »

À cette fin, le contenu de cette lettre repose sur les témoignages concrets d’élèves et de professeurs qui seront mis en ligne progressivement.

Céline Brindeau, STI – Design et Métiers d’Art et Patrick Pique, IEN Lettres-Histoire-Géographie

 

[1] Le plaisir d’apprendre, Philippe Meirieu et alii,  Paris, Autrement, 2014



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POUR DONNER DU SENS…                                                                                    

Au début du XXe siècle, DEWEY définit le projet de la façon suivante : « des activités intentionnelles dans lesquelles l’apprenant s’implique sans réserve »

Il s’agit bien d’une méthode active qui consiste à apprendre PAR et DANS l’action. Une pédagogie qui engage l’élève dans la construction du savoir et qui permet la valorisation des talents de chacun.

… ET APPRENDRE AUTREMENT.                                                                          

Perrenoud précise en citant Vygotski que « le projet n’est pas une fin en soi, c’est un détour pour confronter les élèves à des obstacles et provoquer des situations d’apprentissage ».

Ce qui est important c’est autant, voire plus, la démarche que le projet en lui-même. Cette démarche est au cœur même de l’apprentissage visé dans la réalisation du chef d’œuvre.

INTÉRÊTS ET POINTS DE VIGILANCE DU PROJET                                              

  • Intérêts :

En permettant de mettre en relation différentes formes de savoirs, le projet aide les élèves à visualiser les liens entre les disciplines. C’est l’occasion de développer les compétences transversales. Son aspect concret est source de motivation et sert à développer l’autonomie des élèves. C’est un dispositif pédagogique qui rend l’élève acteur de ses apprentissages.

  • Dérives

Selon Ginestet (1993) il existe 3 dérives dans l’application d’une pédagogie de projet :

  • La dérive productiviste : produit final trop ambitieux pour les apprentissages visés
  • La dérive techniciste : l’enseignant planifie seul le projet, n’accompagne pas les élèves
  • La dérive spontanéiste : le projet s’invente au fur et à mesure, les objectifs d’apprentissage ne sont pas clairement définis au départ

Nuage de mots extraits du vade-mecum et de lectures diverses sur la méthodologie de projet

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UN MANIFESTE DE COMPÉTENCES PROFESSIONNELLES

Il s’agit de développer la capacité de l’élève à se mettre en mode projet, à se projeter, à anticiper.
On entend par « chef d’œuvre » une réalisation concrète, objet ou service, qui soit manifeste de la maîtrise de compétences professionnelles.

La réalisation doit être concrète, et porter sur un objet d’étude ou un projet de service qui relève de la spécialité professionnelle préparée. L’article 4 de l’arrêté du 21 novembre 2018 précise que la réalisation d’un chef d’œuvre par les élèves est assurée dans un cadre pluridisciplinaire.

DES PHASES DE PROJET À PLANIFIER

Qu’elle soit linéaire, circulaire, cyclique dans tous les cas la pédagogie de projet nécessite programmation et organisation.

L’étude de différentes méthodologies de projets (projet de design ou projet industriel) fait ressortir différentes phases. Nous avons identifié 7 phases importantes définies et détaillées ci-dessous.

  • INVESTIGATION

Dans cette phase d’investigation, il s’agit de collecter, classer et organiser des informations sur le problème, le domaine ou le thème étudié. Cette étape doit mettre en évidence les éléments généraux essentiels observés en s’intéressant au sujet d’étude.

Les éléments rassemblés sont ensuite triés pour servir de point de départ aux expérimentations ou aux recherches de solutions.

Les productions peuvent prendre différentes formes :

    • chronologie,
    • enquête, questionnaire usagers,
    • planche ou dossier de références,
    • carte(s) heuristique(s) qui peuvent être le résultat d’un brainstorming,
    • planche de tendance
  • EXPÉRIMENTATION

Dans cette phase d’expérimentation il s’agit d’élaborer des solutions diverses et variées de façon expérimentale : on émet des hypothèses pour répondre à la demande, on vérifie la pertinence par rapport au contexte, on évalue la qualité, on teste, on compare…

Les productions peuvent prendre différentes formes :

    • échantillons
    • pré-maquettes
    • compte-rendu d’expériences (écrit, audio, photo, vidéo)
  • REVUE DE PROJET

Dans cette phase de revue de projet il s’agit de faire le point sur :

    • ce qui a été réalisé et ce qui reste à faire pour mener à terme le projet,
    • ce qui a bien fonctionné et ce qui a posé problème.

C’est une étape importante de la démarche de projet qui permettra la prise de recul et l’analyse critique dans les dernières phases d’argumentation et de présentation.

Les productions peuvent prendre différentes formes :

    • prestation orale
    • liste de tâches
    • compte-rendu (écrit, audio, photo, vidéo)
  • RÉALISATION

Dans cette phase de réalisation il s’agit de transformer une idée en solution réalisable, de passer de l’intuition au raisonné. Les mises au point de la réalisation et la préparation demandent de définir plus précisément les éléments, leurs rapports et leurs interactions. C’est une phase production, de fabrication ou de mise en scène d’un service qui intègre la prévision des coûts et des délais nécessaires à la réalisation.

Les productions peuvent prendre différentes formes :

    • maquettes finales ou prototype
    • scénario d’usage sous forme de :
      • saynète jouée en direct ou filmée
      • roman photo
      • bande dessinée
      • mise en situation, simulation
  • PRÉSENTATION

Dans cette phase de présentation et de restitution, il s’agit de présenter la démarche de projet qui a permis d’aboutir à la réalisation finale. Cette étape oblige à opérer des choix et à prendre conscience de l’enchaînement logique et/ou de la porosité entre les différentes phases.

Elle participe à la compréhension de la démarche et met en valeur le projet à des fins de communication.

Cette phase peut permettre de re-motiver les élèves dans la réalisation d’un support de communication sur leur projet.

Les productions peuvent prendre différentes formes :

    • dossier de présentation papier ou numérique, diaporama, film vidéo…
    • exposition de panneaux, posters scientifiques…
    • articles écrits, audios ou vidéos publiés sur un microblog dédié ou une chaîne de podcast,
    • prestation orale courte et impactante (exemples : PechaKucha, Ma thèse en 180 secondes, conférence Ted…)
  • ARGUMENTATION

Dans cette phase d’argumentation, étroitement liée avec celle de présentation, il s’agit de mettre au point et rédiger les arguments professionnels qui justifient les choix opérés.

  • DIFFUSION ET VALORISATION

Dans cette phase de diffusion et de valorisation, il s’agit de communiquer, de partager ce qui a été réalisé et de mettre en valeur les talents en lien avec les métiers préparés.

L’événement peut être interne à l’établissement, inter-établissements ou se dérouler chez un partenaire du projet.

La diffusion et la communication autour du projet sont partie intégrante du projet.

Un exemple de programmation sur l’année


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Les étapes d’évaluation et de validation sont parties prenantes du projet.

Ainsi, apprendre à évaluer, définir des critères, des indicateurs, est un apprentissage essentiel dans la pédagogie de projet (auto-évaluation, co-évaluation, évaluation par les pairs). Cet apprentissage permet de gagner en autonomie, en estime de soi et en motivation.

Les arrêtés fixant les modalités d’évaluation du chef d’oeuvre au CAP et au bac pro ont été publiés respectivement publiés au JO du 24 décembre 2019 et au JO du 22 octobre 2020.

L’évaluation est constituée pour moitié de la note de prestation orale, pour moitié des notes obtenues durant son élaboration. Le candidat pourra s’appuyer sur un support écrit (5 pages maximum)

La commission d’évaluation est constituée de 2 membres, 1 professeur d’enseignement général et 1 professeur d’enseignement professionnel dont l’un a suivi la réalisation.

En Bac pro la durée est de 15mn et 10mn en CAP.

Mémentos pour les élèves et apprentis des établissements d’enseignement publics ou sous contrat avec l’État et des centres de formation d’apprentis habilités à pratiquer le contrôle en cours de formation.

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Mémentos pour les élèves et apprentis des établissements d’enseignement privé hors contrat ou un CFA non-habilité à pratiquer le CCF.

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POINT DE VIGILANCE

Veiller à ce que la démarche de projet soit l’objet de l’évaluation et pas la qualité de réalisation finale. En effet, les compétences professionnelles de réalisation sont évaluées dans d’autres épreuves certificatives et ne peuvent être prises en compte plusieurs fois pour l’obtention du diplôme.

 

Tout au long de la démarche entreprise, il est nécessaire d’organiser et d’accompagner la collecte de traces pour constituer la mémoire des apprentissages. Ces traces, même si elles ne sont pas toutes exploitées, seront des supports pour préparer la prestation orale et relater la démarche concrète entreprise et mise en œuvre pour mener à bien la réalisation du chef d’œuvre.

Des exemples de programmation qui mettent en relation les différentes phases du projet avec des moments d’évaluation.

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Les compétences orales des élèves seront mobilisées et évaluées lors de l’oral de présentation du chef-d’œuvre.

Elles sont donc indispensables pour tous les apprentissages et dans l’enseignement de toutes les disciplines. La maîtrise de la parole et de l’expression est en effet une composante nécessaire de la formation de l’élève comme sujet (expression et épanouissement de la confiance en soi, construction de la relation à l’autre, du système des valeurs personnelles et collectives, appropriation d’une culture) mais c’est aussi une condition essentielle pour l’avenir universitaire et professionnel des jeunes comme pour leur formation citoyenne.[1]

Le vadémécum[2] publié sur le chef d’œuvre donne des pistes pour travailler les compétences orales.

Il rappelle le nécessaire travail en interdisciplinarité impliquant le travail collaboratif au sein de l’équipe pédagogique afin de définir les compétences sollicitées et aborder les apprentissages qui feront sens au regard du projet et de aussi de prendre connaissance des programmes et des référentiels des différentes disciplines qu’elles soient professionnelles ou générales, en mobilisant les compétences transversales. Cf. ce tableau tiré du vadémécum :

 

[1] Séminaire « La prise en compte de l’oral au lycée : travailler les compétences orales avec les élèves » (mai 2019)

[2] Vadémécum « La réalisation du chef-d’œuvre » (février 2019)


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Lycée Pierre et Marie Curie de Freyming-Merlebach


« Conception et commercialisation d’un escape game » en bac pro commerce ».

Un escape game est littéralement un « jeu d’évasion » dont le principe général est de s’enfermer, en équipe, dans une pièce pour un temps limité avec pour objectif de résoudre des énigmes pour s’échapper.

Retranscription d’un entretien avec Marjorie Tonnelier, professeure de lettres, histoire et géographie.

Reportage vidéo 

 

Projet « conception de jeux de société adaptés à différents publics (personnes âgées, enfants, personnes en situation de handicap, malades et familles) » en bac pro ASSP (accueil, soins et services à la personne).

Au retour du confinement, les professeurs ont pu expérimenter les effets de la ludification en créant, avec les élèves, un « Trivial Pursuit professionnel ». L’objectif étant de réviser tout en s’amusant en concevant un jeu de A à Z.

Les élèves ont apprécié cette première approche ludique et les professeurs ont ainsi imaginé donner une suite à cette première expérience dans le cadre du chef d’œuvre, en lien avec leur formation professionnelle.

Retranscription d’un entretien avec Marjorie Tonnelier, professeure de lettres, histoire et géographie.

 

Témoignages recueillis par Frédéric AMELLA, CARDIE 


Lycée Teyssier de Bitche


« Installation d’une borne solaire de recharge pour vélos électriques » en baccalauréat professionnel Métiers de l’électricité et des environnements connectés (MELEC) et gestion administration (GA).

L’objectif de ce projet est de concevoir une borne solaire autonome et d’en organiser la planification de réalisation administrative.

Les élèves de première MELEC sont en charge de la partie technique, les élèves de première GA sont en charge de la partie administrative, c’est-à-dire des démarches de prise de contact avec les partenaires locaux (Mairie de Bitche et Office de Tourisme), de la gestion administrative du matériel nécessaire à la fabrication de la borne autonome et de l’organisation d’une cérémonie d’inauguration de cette borne au printemps 2022.

Témoignage audio d’un élève de première MELEC, Melvin

Témoignage audio d’une élève de première GA, Océane

Présentation du projet et de la démarche mise en œuvre (texte)

 

Témoignages recueillis par Mathieu Droesch de Sury, CARDIE 


 

 

Autres témoignages à venir


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